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lundi 7 décembre 2015

Election rime avec abstention

Petit retour sur le premier tour des régionales 2015. Comme personne ne peut être surpris du score  du FN, on préfère s'appuyer sur la réaction d'un philosophe au sujet d'un thème qui nous tient à coeur: L'abstention.

"L’abstentionniste n’est pas un électeur tellement exigeant qu’en son âme et conscience, après un examen minutieux, il constate qu'aucune proposition ne le satisfait... L’abstentionniste, c’est un snob qui a une si haute opinion de sa propre opinion qu’il aurait l’impression de la souiller en la mêlant à la tourbe des autres. C’est un enfant gâté qui, parce qu’il a décidé de ne pas voter, suspend son vote à la coïncidence (improbable) de ses désirs et des propositions que les politiques lui font.
Il ne faut pas s’y tromper. Qui veut s’abstenir trouvera toujours d’excellentes raisons pour le faire. En cela, son comportement ne renseigne pas sur la nullité des élus, mais sur celle des électeurs." Raphaël Enthoven, 7 décembre 2015.

Cliquez ci-dessous pour l'image et l'intégralité:

Abstention piège à cons

On partage cette vidéo parce que cela va plaire à certaines et certains (qui nous ont reproché notre approche récente sur la question) et parce qu'ici on apprécie monsieur Enthoven.

Un philosophe doit s'engager.  Il faut faire preuve de courage dans ses opinions.  Il convient donc de respecter les idées de l'intervenant.

Cependant, ...

On comprend la tactique du sieur Raphaël. Estimant que l'on est trop gentil (ce qui reste tout de même à prouver) avec l'abstentionniste, il use du contre-pied parfait en l'insultant.  Il veut susciter la réaction vive, choquante, celle qui déclenche le débat et l'intervention.  Un peu de buzz médiatique pour attirer le public. Or, n'est pas Zemmour qui veut.  En tant que chroniqueur quotidien, Enthoven a encore du chemin à parcourir et devra sans doute changer de cibles pour faire parler plus de lui.

Ensuite,  est-ce vraiment digne d'un philosophe que de mettre au pilori un bouc émissaire pour expliquer une situation?  Attitude que le concerné a pourtant amplement dénoncée pendant des années sur toutes les ondes et antennes... 

Son analyse serait pertinente et bienvenue avec un taux d'abstention ponctuel à 10 ou même à 20% mais lorsque, de façon récurrente,  la moitié du corps électoral n'accomplit pas son devoir,  cela renseigne aussi, n'en déplaise au philosophe des médias, sur la nullité des élus ou de ceux qui aspirent à l'être, et pas seulement sur celle des électeurs.

Le propos enthovenien tombe dans la facilité et le mépris de masse gratuit. Certains lui reprocheront d'être le signe d'un élitisme intellectuel et politique. Celui qui a si souvent appelé à penser contre soi-même semble ne plus être en mesure de le faire désormais.

Des millions de citoyens formés depuis l'enfance au respect et à l'exercice démocratique,  sont ainsi des "fainéants", des "malhonnêtes", des "irresponsables", des "ingrats"... sans que l'on entende dans les propos du chroniqueur la moindre nuance apportée par une analyse politique ou historique, même succincte (décennies de promesses électorales non tenues, décennies d'inefficacité sur le plan économique,  déni de l'expression populaire de 2005).

Ne tirons donc aucun enseignement des comportements de nos élites politiques ni de ceux qui les conseillent. Continuons donc ainsi, il ne s'agit que de quelques mauvaises graines, que "d'enfants gâtés"...

Ne nous interrogeons pas non plus sur la qualité de notre système éducatif censé assurer la formation intellectuelle et citoyenne et donc la bonne compréhension des enjeux de notre société.  Les établissements scolaires fréquentés par le jeune Raphaël Enthoven ont bien accompli ces objectifs.  Alors...

Et puis, au fait,  au passage, l'attitude citoyenne se résume-t-elle uniquement au passage ou non dans l'urne? La démocratie,  notre République, est-ce seulement le suffrage? Un citoyen qui ne vote pas peut se montrer exemplaire sur beaucoup d'autres plans  à l'égard de la République, et n'être donc pas  "fainéant", "malhonnête", " irresponsable" ou "ingrat". Bien au contraire.

On notera pour finir, encore une fois, la simple évocation en cinq mots du vote blanc ("c'est un autre problème ") qui, s'il impliquait des conséquences électorales, permettrait de parfaire la connaissance de notre système démocratique, de ceux qui le composent et de sa pratique. Tant que le vote blanc n'aura pas un réel pouvoir,  il sera lié à la problématique de l'abstention. Il ne sera pas un autre problème.

Pour finir vraiment: tous les contributeurs Article Deux ont voté hier.



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