Google+ Article deux: décembre 2015

vendredi 11 décembre 2015

Abstention piège à cons II

Cette chronique de Raphaël Enthoven a suscité beaucoup de critiques virulentes sur sa page Facebook. Les abstentionnistes étaient qualifiés d'ingrats,  de malhonnêtes, d'irresponsables...

Abstention piège à cons

Depuis l'intéressé a restreint les possibilités de commentaires publics à ses posts sur son mur Facebook. Cela laisse songeur sur la fameuse "horizontalité" des réseaux sociaux. Certains ont le droit de recourir à l'insulte sur les ondes aux heures de grandes écoutes mais refusent de se confronter aux réactions aussi désagréables soient elles.  Il n'avait pourtant pas eu la même attitude lors d'une récente joute argumentative sur Facebook avec un rapper...

Ici, et on l'a souvent répété, on aime bien Enthoven pour diverses raisons.  Présentement, son attitude confirme pourtant les attaques qu'il réfute souvent: mépris de classe,  élitisme culturel,  condescendance,... c'est dommage.

Nous comprenons de plus en plus ici l'abstention même si nous ne la pratiquons pas. (Pas encore... on a du mal. On n'y arrive pas. Le déconditionnement est difficile) Et ce n'est pas en insultant que l'on peut convaincre ceux qui décident de ne plus choisir.

N'oublions pas que la citoyenneté ne se résume pas au passage devant les urnes.  Il semble que, depuis longtemps,  des citoyens se débrouillent, usent d'alternatives pour vivre en communauté (associations,  coopératives, bénévolat ou autres), et se passent très bien d'une représentation nationale toujours issue des mêmes catégories sociales et dont ils se sentent totalement coupés. Ils ne font plus confiance à des élus trahissant leurs paroles électorales, prêts à toutes les compromissions et tous les reniements pour conserver leur place via le suffrage, se comportant comme des adolescents hystériques sur les bancs de l'assemblée, englués dans des affaires judiciaires et ce au plus haut degré des magistratures.

Qu'on leur prouve donc que l'alternance politique est utile... Ne l'ont-ils pas suffisamment éprouvée? N'ont-ils pas assez entendu la rengaine du "changement c’est maintenant"? Reprenons l'histoire des élections depuis disons 1981, et recueillons nous devant l'autel des idéologies politiques. 

Ces "gens" que l'on moque, que l'on insulte, que l'on montre du doigt à chaque scrutin respectent les lois de leur pays, payent leurs impôts, éduquent leurs enfants, agissent forcément en citoyen au quotidien. Ils sont sans doute plus politisés que l'on veut bien le faire croire. Un seul moyen de le savoir: une vraie reconnaissance du vote blanc. Un vote blanc qui effraie nos professionnels de l'élection car sa reconnaissance permettrait un réel blocage des institutions par l'invalidation du suffrage et peut-être un véritable renouvellement de notre paysage républicain.

Et si les abstentionnistes avaient compris que voter toujours et encore pour le même personnel politique profitant pleinement d'un système à bout de souffle ne permettait qu'une seule chose: sa perpétuation...

Pouvons nous dire sérieusement que la fin de cette campagne des régionales avec ces incohérences de listes, ce cirque médiatique,  ces attaques indignes ne donnent pas des arguments aux abstentionnistes?

mardi 8 décembre 2015

Le meilleur des mondes, la revanche.

Un petit extrait. Juste comme ça.  Au hasard.

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Si les politiciens et leurs électeurs n'étaient mus que par le dessein de servir leur intérêt à long terme et celui de leur pays,  ce monde serait un paradis terrestre. En réalité, ils agissent souvent contre leur propre avantage,  simplement pour assouvir leurs passions les moins honorables;  c'est pourquoi nous vivons dans un lieu de souffrances.

La propagande pour une action conforme à l'intérêt bien compris fait appel à la raison au moyen d'arguments logiques fondés sur les plus solides preuves disponibles,  exposées honnêtement et dans leur intégralité. La propagande pour une action dictée par des impulsions plus basses que l'intérêt présente des preuves forgées, falsifiées, ou tronquées, évite les arguments logiques et cherche à influencer ses victimes par la simple répétitions de slogans, la furieuse dénonciation de boucs émissaires étrangers ou nationaux, et l'association machiavélique des passions les plus viles aux idéaux les plus élevés, si bien que des atrocités en arrivent à être commises au nom de Dieu et que l'espèce la plus cynique de Realpolitik est traitée comme une affaire de principe religieux et de devoir patriotique.

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Huxley, Retour au meilleur des mondes, 1958.

Allocution du parti abstentionniste

Encore une fois,  Article Deux est la tribune du président du parti de l'abstention. Avouons qu'il ne se renouvelle guère.


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Chers compatriotes,


Au regard du score encore une fois extraordinaire de notre mouvement des abstentionnistes, il est temps de remercier tous ceux qui font de nous le premier parti de France.

Je veux parler d'abord de ceux qui nous ont rejoints récemment et qui, hier encore, glissaient dans l'urne un bulletin blanc ou un bulletin nul. Maintenant, ils nous ont rejoints et ont franchi un cap dans la non-participation politique. J’annonce, ici, d’ailleurs, que notre alliance avec nos camarades du parti Blanc se finalise. Ils ne se laissent pas duper, en effet, par la fausse reconnaissance que nos dirigeants ont attribué à leurs bulletins. Ces derniers sont désormais comptés à part mais n'ont toujours absolument aucune incidence sur les résultats définitifs. Ils sont donc toujours sans effet. C’est là, un camouflet pour les partisans du vote blanc qui contribue à les rapprocher de nous de façon définitive…

Je veux remercier encore une fois nos médias télévisés et plus précisément ces formidables chaînes d'information qui appauvrissent totalement, minutes après minutes, le jeu démocratique, le réduisant à un cirque médiatique, à une course à l’audience ridicule et qui, à force de répétitions, de débats stériles inaudibles, abrutissent totalement les citoyens et les poussent inexorablement à rejoindre nos rangs.

Il nous faut aussi ici avoir une pensée pour notre cher système scolaire qui, année après année, allègement de programme après allègement de programme, ne permet plus à nos nouveaux citoyens de posséder toutes les armes intellectuelles pour une bonne compréhension des enjeux démocratiques, et les en détourne alors inexorablement.

Venons en, enfin, à nos plus fidèles alliés, ceux à qui nous devons tant : les représentants, élus ou qui aspirent à l'être, de tous les partis politiques de notre beau pays. Leur incompétence, leur immoralité, leur absence de courage, leur dogmatisme, leur opportunisme, leur condescendance, leur hypocrisie, leur mauvaise foi, sont pour nous une bénédiction de chaque instant.

Bien sûr, nous n'oublions pas que pendant longtemps nous, partisans de l'abstention, avons été bien utiles à leurs yeux. En effet, un taux d'abstention élevé était toujours le moyen de culpabiliser les mauvais citoyens totalement éloignés de leurs devoirs civiques. C'était également le moyen pour l'élu de voir son niveau de responsabilité bien moins élevé car obtenu avec une frange du peuple dérisoire finalement. Enfin, faussant statistiquement la représentativité nationale, c'était le moyen pour les plus malins de profiter du système et de devenir des professionnels non pas de la politique mais du suffrage.

Mais aujourd'hui, la créature est en train de se retourner contre ses maîtres. L'abstention gagne et c'est par le suffrage universel, pourtant son mode d'expression, que la démocratie risque de porter à sa tête ceux qui veulent la voir mourir.

Nous ne nous sentirons pas coupables si une telle horreur devait se produire. N'entendons nous pas les hommes politiques à l'issue de chaque scrutin dire qu'ils vont tirer les enseignements de cette inquiétante montée de l'abstention et qu’ils s’en sentent responsables ? Leurs paroles ne sont que pure formalité de circonstance mais prouvent qu’ils ont bien conscience de leur responsabilité… À défaut d'enseignements ils subiront les conséquences définitives de leur hypocrisie. Et le peuple, lui, affrontera la situation… Nous aimerions ne pas avoir à en arriver là…

Nous, partisans de l'abstention, ne sommes pas des inconscients suicidaires. Nous sommes le peuple fatigué. Fatigués de voir que nos représentants nous imposent des règles qu'ils ne suivent jamais. Fatigués de n'avoir à choisir qu'entre la peste et le choléra pour ne tomber que de Charybde en Scylla. Fatigués d'être toujours considérés comme ignorants, taillable, et corvéable à merci. Ne comprennent-ils pas que notre silence et notre mépris de l'urne ne sont rien d'autre que de l'exaspération, premier signe de la colère ? Un contrat social suppose deux corps respectant mutuellement leur part. Pourquoi le peuple assumerait-il toujours ses engagements, ses devoirs, ses responsabilités, si les élites dirigeantes ne le font pas ?

Le peuple est toujours plein de bon sens : il retrouvera le chemin des urnes, il exprimera à nouveau sa voix démocratique, quand ses institutions et leurs textes fondateurs seront scrupuleusement honorés par ses élus. Je rappelle en tant que président du parti de l’Abstention que c’est là notre seul programme, notre seule volonté…

Mes chers compatriotes, pour les prochaines échéances électorales,  n'oubliez pas : «Un choix par défaut est un mauvais choix : Ne pas choisir ; c’est déjà choisir ».

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Pierre-Paul MARTIN.
Président du PDA

lundi 7 décembre 2015

Election rime avec abstention

Petit retour sur le premier tour des régionales 2015. Comme personne ne peut être surpris du score  du FN, on préfère s'appuyer sur la réaction d'un philosophe au sujet d'un thème qui nous tient à coeur: L'abstention.

"L’abstentionniste n’est pas un électeur tellement exigeant qu’en son âme et conscience, après un examen minutieux, il constate qu'aucune proposition ne le satisfait... L’abstentionniste, c’est un snob qui a une si haute opinion de sa propre opinion qu’il aurait l’impression de la souiller en la mêlant à la tourbe des autres. C’est un enfant gâté qui, parce qu’il a décidé de ne pas voter, suspend son vote à la coïncidence (improbable) de ses désirs et des propositions que les politiques lui font.
Il ne faut pas s’y tromper. Qui veut s’abstenir trouvera toujours d’excellentes raisons pour le faire. En cela, son comportement ne renseigne pas sur la nullité des élus, mais sur celle des électeurs." Raphaël Enthoven, 7 décembre 2015.

Cliquez ci-dessous pour l'image et l'intégralité:

Abstention piège à cons

On partage cette vidéo parce que cela va plaire à certaines et certains (qui nous ont reproché notre approche récente sur la question) et parce qu'ici on apprécie monsieur Enthoven.

Un philosophe doit s'engager.  Il faut faire preuve de courage dans ses opinions.  Il convient donc de respecter les idées de l'intervenant.

Cependant, ...

On comprend la tactique du sieur Raphaël. Estimant que l'on est trop gentil (ce qui reste tout de même à prouver) avec l'abstentionniste, il use du contre-pied parfait en l'insultant.  Il veut susciter la réaction vive, choquante, celle qui déclenche le débat et l'intervention.  Un peu de buzz médiatique pour attirer le public. Or, n'est pas Zemmour qui veut.  En tant que chroniqueur quotidien, Enthoven a encore du chemin à parcourir et devra sans doute changer de cibles pour faire parler plus de lui.

Ensuite,  est-ce vraiment digne d'un philosophe que de mettre au pilori un bouc émissaire pour expliquer une situation?  Attitude que le concerné a pourtant amplement dénoncée pendant des années sur toutes les ondes et antennes... 

Son analyse serait pertinente et bienvenue avec un taux d'abstention ponctuel à 10 ou même à 20% mais lorsque, de façon récurrente,  la moitié du corps électoral n'accomplit pas son devoir,  cela renseigne aussi, n'en déplaise au philosophe des médias, sur la nullité des élus ou de ceux qui aspirent à l'être, et pas seulement sur celle des électeurs.

Le propos enthovenien tombe dans la facilité et le mépris de masse gratuit. Certains lui reprocheront d'être le signe d'un élitisme intellectuel et politique. Celui qui a si souvent appelé à penser contre soi-même semble ne plus être en mesure de le faire désormais.

Des millions de citoyens formés depuis l'enfance au respect et à l'exercice démocratique,  sont ainsi des "fainéants", des "malhonnêtes", des "irresponsables", des "ingrats"... sans que l'on entende dans les propos du chroniqueur la moindre nuance apportée par une analyse politique ou historique, même succincte (décennies de promesses électorales non tenues, décennies d'inefficacité sur le plan économique,  déni de l'expression populaire de 2005).

Ne tirons donc aucun enseignement des comportements de nos élites politiques ni de ceux qui les conseillent. Continuons donc ainsi, il ne s'agit que de quelques mauvaises graines, que "d'enfants gâtés"...

Ne nous interrogeons pas non plus sur la qualité de notre système éducatif censé assurer la formation intellectuelle et citoyenne et donc la bonne compréhension des enjeux de notre société.  Les établissements scolaires fréquentés par le jeune Raphaël Enthoven ont bien accompli ces objectifs.  Alors...

Et puis, au fait,  au passage, l'attitude citoyenne se résume-t-elle uniquement au passage ou non dans l'urne? La démocratie,  notre République, est-ce seulement le suffrage? Un citoyen qui ne vote pas peut se montrer exemplaire sur beaucoup d'autres plans  à l'égard de la République, et n'être donc pas  "fainéant", "malhonnête", " irresponsable" ou "ingrat". Bien au contraire.

On notera pour finir, encore une fois, la simple évocation en cinq mots du vote blanc ("c'est un autre problème ") qui, s'il impliquait des conséquences électorales, permettrait de parfaire la connaissance de notre système démocratique, de ceux qui le composent et de sa pratique. Tant que le vote blanc n'aura pas un réel pouvoir,  il sera lié à la problématique de l'abstention. Il ne sera pas un autre problème.

Pour finir vraiment: tous les contributeurs Article Deux ont voté hier.