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samedi 6 avril 2013

6 avril 1768. Bougainville à Tahiti.

 Où l'on découvre un point de vue différent et où l'on peut prendre la mesure du relativisme.

Le 6 avril 1768 est la date retenue pour le débarquement de l’explorateur français Bougainville sur l’Ile de Tahiti dans le Pacifique. Diderot, en 1772, revient sur la confrontation de deux visions du monde



L’explorateur publie, en 1771, un récit du périple autour du monde qu’il a réalisé. L’ouvrage connait un succès retentissant. Il alimente également les controverses philosophiques en plein siècle des Lumières. Diderot se sert des Tahitiens dans son ouvrage intitulé Supplément au voyage de Bougainville. Dans ce supplément fictif aux récits de voyage de Bougainville, Diderot prend la défense des sociétés naturelles et de leurs mœurs qu’il oppose à la cruauté de la civilisation européenne. Dans cet extrait, le philosophe donne la parole à un vieillard qui exhorte son peuple à se protéger des Européens.


C'est un vieillard qui parle. Il était père d'une famille nombreuse. A l'arrivée des Européens, il laissa tomber des regards de dédain sur eux, sans marquer ni étonnement, ni frayeur, ni curiosité. Ils l'abordèrent ; il leur tourna le dos et se retira dans sa cabane. Son silence et son souci ne décelaient que trop sa pensée : il gémissait en lui-même sur les beaux jours de son pays éclipsés. Au départ de Bougainville, lorsque les habitants accouraient en foule sur le rivage, s'attachaient à ses vêtements, serraient ses camarades entre leurs bras, et pleuraient, ce vieillard s'avança d'un air sévère, et dit :


 Pleurez, malheureux Tahitiens ! pleurez ; mais que ce soit de l'arrivée, et non du départ de ces hommes ambitieux et méchants : un jour, vous les connaîtrez mieux. Un jour, ils reviendront, le morceau de bois que vous voyez attaché à la ceinture de celui-ci, dans une main, et le fer qui pend au côté de celui-là, dans l'autre, vous enchaîner, vous égorger, ou vous assujettir à leurs extravagances et à leurs vices ; un jour vous servirez sous eux, aussi corrompus, aussi vils, aussi malheureux qu'eux. Mais je me console ; je touche à la fin de ma carrière ; et la calamité que je vous annonce, je ne la verrai point. O tahitiens ! mes amis ! vous auriez un moyen d'échapper à un funeste avenir ; mais j’aimerais mieux mourir que de vous en donner le conseil. Qu'ils s'éloignent, et qu'ils vivent.


Puis s'adressant à Bougainville, il ajouta : Et toi, chef des brigands qui t'obéissent, écarte promptement ton vaisseau de notre rive ; nous sommes innocents, nous sommes heureux ; et tu ne peux que nuire à notre bonheur. Nous suivons le pur instinct de la nature ; et tu as tenté d'effacer de nos âmes son caractère. Ici tout est à tous et tu nous as prêché je ne sais quelle distinction du tien et du mien. Nos filles et nos femmes nous sont communes ; tu as partagé ce privilège avec nous ; et tu es venu allumer en elles des fureurs inconnues. Elles sont devenues folles dans tes bras ; tu es devenu féroce entre les leurs. Elles ont commencé à se haïr ; vous vous êtes égorgés pour elles ; et elles nous sont revenues teintes de votre sang. Nous sommes libres ; et voilà que tu as enfoui dans notre terre le titre de notre futur esclavage. Tu n'es ni un dieu, ni un démon : qui es-tu donc, pour faire des esclaves ? Orou ! toi qui entends la langue de ces hommes-là, dis-nous à tous, comme tu me l'as dit à moi-même, ce qu'ils ont écrit sur cette lame de métal : Ce pays est a nous. Ce pays est à toi ! et pourquoi ? parce que tu y as mis le pied ? Si un Tahitien débarquait un jour sur vos côtes, et qu'il gravât sur une de vos pierres ou sur l'écorce d'un de vos arbres : Ce pays est aux habitants de Tahiti, qu'en penserais-tu ? Tu es le plus fort ! Et qu'est-ce que cela fait ? Lorsqu'on t'a enlevé une des méprisables bagatelles dont ton bâtiment est rempli, tu t'es récrié, tu t'es vengé ; et dans le même instant tu as projeté au fond de ton cœur le vol de toute une contrée ! Tu n'es pas esclave : tu souffrirais plutôt la mort que de l'être, et tu veux nous asservir ! Tu crois donc que le Tahitien ne sait pas défendre sa liberté et mourir ? Celui dont tu veux t'emparer comme de la brute, le Tahitien est ton frère. Vous êtes deux enfants de la nature ; quel droit as-tu sur lui qu'il n'ait pas sur toi ? Tu es venu ; nous sommes-nous jetés sur ta personne ? avons-nous pillé ton vaisseau ? t'avons-nous saisi et exposé aux flèches de nos ennemis ? t'avons-nous associé dans nos champs au travail de nos animaux ?
Nous avons respecté notre image en toi. Laisse-nous nos mœurs ; elles sont plus sages et plus honnêtes que les tiennes ; nous ne voulons point troquer ce que tu appelles notre ignorance, contre tes inutiles lumières. Tout ce qui nous est nécessaire et bon, nous le possédons. Sommes-nous dignes de mépris, parce que nous n'avons pas su nous faire des besoins superflus ? Lorsque nous avons faim, nous avons de quoi manger ; lorsque nous avons froid, nous avons de quoi nous vêtir. Tu es entré dans nos cabanes, qu'y manque-t-il, à ton avis ? Poursuis jusqu'où tu voudras ce que tu appelles les commodités de la vie ; mais permets à des êtres sensés de s'arrêter, lorsqu'ils n'auraient à obtenir de la continuité de leurs pénibles efforts que des biens imaginaires. Si tu nous persuades de franchir l'étroite limite du besoin, quand finirons-nous de travailler ? Quand jouirons-nous ? Nous avons rendu la somme de nos fatigues annuelles et journalières la moindre qu'il était possible, parce que rien ne nous paraît préférable au repos. Va dans ta contrée t'agiter, te tourmenter tant que tu voudras ; laisse-nous reposer : ne nous entête ni de tes besoins factices, ni de tes vertus chimériques. Regarde ces hommes ; Vois comme ils sont droits, sains et robustes. Regarde ces femmes ; vois comme elles sont droites, saines, fraîches et belles. Prends cet arc, c'est le mien ; appelle à ton aide un, deux, trois, quatre de tes camarades, et tâchez de le tendre. Je le tends moi seul. Je laboure la terre ; je grimpe la montagne ; je perce la forêt ; je parcours une lieue de la plaine en moins d'une heure. Tes jeunes compagnons ont eu peine à me suivre ; et j'ai quatre-vingt-dix ans passés. Malheur à cette île ! malheur aux Tahitiens présents, et à tous les Tahitiens à venir, du jour où tu nous as visités !


Diderot, Supplément au voyage de Bougainville, 1772
Bonus: Pour les élèves de Première concernés par les épreuves anticipées de Français, voici des axes possibles de lecture analytique pour l'extrait. Les procédés, leurs analyses et les interprétations sont disponibles pour les soutiens Facebook et les membres d'Article Deux, ou à ceux qui les demandent gentiment ;-)
I. Une arme: la parole. Un réquisitoire
a. Les paroles d'un sage
b. Une argumentation rigoureuse
c. L'art du discours
II. L'opposition de deux mondes
a. Le comportement des européens
b. Le bonheur de l'état de nature
c. La perversion de la société tahitienne
III. Réflexion sur le concept de réciprocité
a. Le renversement des perspectives
b. Dissymétrie des Attitudes
c. Message de tolérance

jeudi 4 avril 2013

Charte de Représentant du Peuple


Préambule

Les citoyens, souverains de la République française, considèrent que la mission de leurs représentants, élus au suffrage direct ou au suffrage indirect, impose des devoirs supérieurs.




Les représentants du peuple sont en effet les garants des institutions.

Les représentants du peuple sont en effet les tenants temporaires de la souveraineté nationale que chaque citoyen leur délègue avec confiance.

Les citoyens attendent donc de leurs représentants des attitudes irréprochables, reflet de leur mission. C’est la pérennité du régime démocratique qui est en jeu. Les citoyens ne pouvant plus placer leur confiance en leurs représentants se détourneront du débat démocratique. La République perdrait alors ses garanties de liberté et de justice.

I Les citoyens rappellent donc à leurs représentants actuels ou futurs, les principes fondamentaux suivants :

Le représentant du peuple français est tenu de respecter la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 qui énumère les libertés essentielles dont jouit le citoyen en régime républicain : liberté individuelle, liberté de conscience, liberté de presse, liberté d’association, liberté politique.

Le représentant du peuple français reconnaît également les droits économiques et sociaux ajoutés par la constitution de 1946 : droit de grève, droit à la protection de la santé, à l’instruction, droit de se déplacer librement.

Le représentant du peuple devra toujours avoir à l’esprit dans l’exercice de sa fonction ces droits qui sont solennellement réaffirmés dans le préambule de la Constitution de 1958.

Si la devise de la République française, est LIBERTE EGALITE FRATERNITE (devise qui doit être la base de toute réflexion et proposition du représentant du peuple), la devise du représentant du peuple est HONNETETE RESPONSABILITE EXEMPLARITE.

II. Dans le respect de cette devise, de ce code moral, le représentant, élu ou nommé, s’engage à respecter les articles suivants:

  1. La France, par son histoire, par ses grands hommes, a souvent tenu un rôle de guide, de modèle pour les autres nations du monde. Le représentant du peuple français se doit de se placer dans cette tradition et savoir faire preuve de courage dans la défense de ses idées. Il doit toujours répondre à l’idéal historique de la France de justice, de liberté et de générosité.
  2. En respect de la devise et des grands principes de notre République, le représentant du peuple doit toujours par ses choix et propositions défendre les plus faibles.
  3. En respect des valeurs de la République, l’amélioration des conditions de vie, morales et physiques des citoyens est la finalité unique du représentant du peuple, son idéal national. Il doit toujours établir grâce à la loi, les conditions du bien être social et l'amélioration des conditions de vie en communauté.
  4. Le représentant du peuple s'engage à respecter la séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire.
  5. Un représentant du peuple s’engage à assumer pleinement la tâche que le corps électoral lui a confiée directement ou indirectement. Il ne peut donc cumuler plusieurs mandats ni exercer d’autres activités professionnelles afin, de plus, de ne pas être tenté par le conflit d’intérêt. Il recevra en échange une indemnité lui permettant d’assurer son existence. Cette indemnité sera déterminée en fonction du patrimoine et des conditions d’existence de chaque représentant.
  6. Un représentant du peuple est dans l’obligation de fournir avec exactitude et par voie publique le montant de ses dépenses assurées par les finances de l’Etat et des collectivités territoriales.
  7. Un représentant du peuple ne profite jamais de sa position à des fins personnelles, aux niveaux financiers, juridiques, commerciaux et s’engage par-dessus tout à ne jamais nommer ni à faire nommer des membres de sa famille, proche ou éloignée, à des postes qu’il a le pouvoir d’attribuer ni à entreprendre des démarches commerciales avec des entreprises salariant des membres de sa famille.
  8. L’élection du représentant du peuple est le résultat du débat démocratique. Ce dernier repose sur des principes fondamentaux que le représentant du peuple s’engage à respecter et à défendre : a) Une école gratuite laïque et obligatoire jusqu’à 16 ans permettant d’assurer une bonne formation des futurs citoyens et de leur donner toutes les meilleures dispositions à la bonne compréhension des enjeux du débat démocratique. b) La liberté de constitution et d’expression de multiples partis politiques. c) Une presse libre et indépendante permettant la diffusion des différents courants de pensées politiques. d) Le suffrage universel, égal et secret.
  9. Un représentant du peuple ne peut être le propriétaire d’un groupe de presse ou de tout autre forme de diffusion de l’information et ce afin de respecter les règles et la transparence du débat démocratique.
  10. Dans les enceintes de l'Assemblée Nationale et du Sénat, tous les propos du représentant du peuple sont considérés comme ayant été prononcés sous serment.
  11. Le mode d'expression privilégié en dehors des assemblées doit être la forme écrite. Par voie de presse, par l'intermédiaire des réseaux sociaux, ou sous toute autre forme, les propos doivent être argumentés, réfléchis, afin de mettre en valeur le débat démocratique.
  12. Dans les médias audio-visuels, le représentant du peuple se montre rigoureux, clair et concis. Il appuie ses idées, ses projets, sur des argumentations précises et jamais sur des comparaisons ou sur l’émotion. Il fait toujours preuve de respect vis-à-vis de ses contradicteurs.
  13. Le représentant du peuple doit se montrer digne de sa fonction et de la confiance que les citoyens ont placée en lui : toujours agir avec sens civique, avec vertu, avec honneur.
  14. A la suite de toute condamnation ou tout manquement aux articles énoncés dans cette charte et dans le respect de procédures judiciaires et citoyennes préalablement établies, le représentant du peuple pourra être révoqué et déclaré inéligible définitivement.