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dimanche 13 mars 2016

Encore un Printemps...

De la persistance des maux économiques à une déchéance globale du pays sur tous les plans. Voilà l'impression. Rien ne semble plus tenir. Les fissures de l'édifice s'élargissent. Liberté. Égalité. Fraternité. Et la Laïcité. Tout est attaqué.

Dans ce contexte, voici un énième appel. Un nouveau manifeste. Une autre profession de foi. Le Printemps Républicain est là. #printrep.  Des intellectuels, des élus, s'insurgent, s'indignent, s'agitent, se regroupent. Le 20 mars. A la Bellevilloise. A Paris. Pour la défense de la laïcité.

J'aurais aimé y trouver un peu plus, dans ce manifeste. Une approche ayant pourquoi pas un peu plus le sens du peuple, pour ne pas dire plus populaire. Les intellectuels s'émeuvent, à juste titre, pour les atteintes à la laïcité, une valeur qui les touche, mais dans ce texte républicain point d'allusion à la misère économique qui, si elle n'explique pas tout et n'excuse rien, aggrave certainement; point d'allusion à l'école qui, si elle est bien menée, est la solution pour un avenir meilleur; point d'allusion à notre Constitution qui, dans son préambule, rappelle nos textes fondateurs, nos principes et devrait être de nouveau notre point de départ ou au moins d'ancrage. Je sais bien que l'on ne peut tout dire dans un tel texte.  Mais par les temps présents, il serait sans doute bon de montrer haut et fort que la République c'est un tout.  C'est un équilibre de valeurs que l'on doit respecter. Il doit y avoir consensus sur des institutions existant pour nous encadrer et nous protéger. L'Etat est là.

Mais bon. Je suis un simple citoyen. Je ne suis pas avocat. Je ne suis pas professeur d'université. Je ne suis pas essayiste ou chroniqueur. Je ne suis pas journaliste. Je ne suis pas homme de lettres au sens large. Encore moins artiste.

Je ne suis donc pas ce que l'on appelle un intellectuel.

Je ne suis pas un ancien élu et n'aspire pas à le devenir. Je ne me considère pas comme un "acteur de la société civile" parce que je ne comprends finalement pas vraiment ce que peut bien regrouper cette catégorie.

Je suis un simple citoyen. Et c'est en tant que tel que j'ai signé ce manifeste. Après tout, il est vrai que la laïcité est un principe important de notre République et ce serait se voiler la face que de nier les remises en cause qu'il subit.

"Simple"?

Mais pourquoi donc cet adjectif au fait? Pourquoi cet emploi spontané pour qualifier la citoyenneté de ceux qui  n'appartiennent pas aux populations énumérées plus haut?

Il n'existe normalement pas de hiérarchie entre les citoyens. Non?
Comment se fait-il que certains se considèrent comme des "simples", des "lambda"? Pourtant leur civisme est irréprochable. Et pas seulement du point de vue électoral. Ils respectent les lois. Ils paient leurs impôts. Ils assurent la survie et l'éducation de leur progéniture. Ils participent au bien-être de la vie en communauté par le biais d'association de toutes sortes. En quoi sont-ils de "simples" citoyens?

Pourquoi ai-je l'impression que ces citoyens sont absents de l'élaboration d'un tel texte, qu'il n'a pas été rédigé pour eux et qu'ils ne seront pas concernés par la suite du projet? Pourquoi ai-je l'impression d'un décalage...? Encore une fois.
Où veut aller ce Printemps Républicain? Un futur parti? Un organisme de surveillance? Une association? Est-ce encore un moyen pour des intellectuels de se soulager la conscience momentanément ? Ne pouvaient-ils pas proposer d'emblée du concret au lieu de rencontres-débats-tables-rondes un dimanche après midi du mois de mars avec un gobelet à la main et le sourire aux lèvres, heureux de se trouver ou de se retrouver entre gens du même monde, au coeur de Paris?

J'ai signé avec le faible espoir que de cette initiative pourrait sortir quelque chose de bon . Parce que j'ai toujours de l'espoir en les causes nobles. Parce que cela ne me coûte rien. Parce que l'espoir c'est peut être tout ce qu'il nous reste, à nous les simples citoyens.

J'espère que, si ces mots tombent par hasard  sous les yeux de quelque initiateur du mouvement,  il ne s'en offusquera pas et que ne s'abattera pas sur moi son mépris le plus profond.  Je ne suis qu'un simple citoyen.


facebook Printemps Républicain



dimanche 24 janvier 2016

Des paroles et du buzz

Je me suis toujours demandé qui choisissait les familles, illustrant les reportages des journaux télévisés sur les thèmes les plus divers, (choix d'alimentation atypiques, frénésie des soldes, troubles du sommeil...).

Je me suis toujours demandé comment étaient sélectionnées les personnes interrogées sur les plateaux des émissions de débat.

Pas vous?

Cette semaine, lors de l'émission "des paroles et des actes", seule véritable émission politique de la plus grande chaîne du service public, une jeune femme présentée comme une enseignante et une citoyenne apolitique, (est-ce possible au passage?), a tenu un micro pendant près de 10 minutes pour énoncer plutôt maladroitement son discours, victimaire et rempli de sous-entendus, appris par coeur.

Dans les heures qui suivent, les réseaux sociaux ne manquent pas de s'emballer, et révèlent les accointances de l'intervenante avec des associations prônant le communautarisme le plus exacerbé. Ce qui confirmait ce que sa diatribe laissait supposer. Tous les mots clés sélectionnés, toutes les expressions employées appartiennent aux "éléments de langage" traditionnels d'association comme celles des Indigènes de la République ou des frères musulmans.

Au nom de la liberté d'expression, pourquoi ne pas donner la parole à cette personne face à un Finkelkraut que l'on entend partout depuis des années? C'est recevable.

Mais en ce cas il aurait fallu la présenter convenablement. Donner toutes les clés de compréhension et d'analyse aux téléspectateurs. Ou bien au moins intervenir à point nommé pour dévoiler les réelles intentions de la concernée. Au contraire, la complaisance a été totale et la tribune offerte sans questionnement.

Ici, deux possibilités. Soit l'animateur de l'émission, Pujadas, connait la biographie de l'intervenante et il s'agit d'une manipulation évidente, orchestrée sans doute pour susciter la polémique et le buzz... Soit, il ne sait rien, et prouve son incompétence.

Je me rappelle, il y a quelques semaines, un reportage du journal de 20h du même Pujadas offrant tribune à un blogueur de confession musulmane condamnant les attentats du 13 novembre. De rapides recherches dans l'historique de ce jeune homme faisaient apparaître une image bien dérangeante avec des menaces physiques et des propos misogynes. Incompétence? Malveillance?

La jeune enseignante "sans affiliation politique" dénonce un racisme latent depuis des années envers les musulmans français, victimes de discriminations à tous les niveaux et d'actes de violence en augmentation contre leur communauté. Elle critique des médias partiaux, instrumentalisés, trompant le bon peuple. Elle remet en cause les paroles de pseudo-intellectuels omniprésents (en sélectionnant trois exemples qui lui paraissent emblématiques, Zemmour, Levy, et le présent Finkelkraut,... au hasard certainement). Et elle parle d'une islamophobie d'Etat. Rien de moins.

On révèle aussi sa véritable pensée par des silences. Pour une personne évoquant "le faire société", il est étrange de ne pas entendre certaines condamnations, le rappel de quelques faits récents.

Finkelkraut, pour une fois plutôt calme, rétorque simplement qu'il faut mettre le mot racisme au pluriel.

Il aurait pu évoquer la victime du gang des barbares, celles de Merah, celles des frères Kouachi, celles de Coulibaly, celles du groupe du 13 novembre. Et l'on comprend en écrivant cette dernière phrase la tactique pernicieuse des personnes comme cette citoyenne "lambda", le piège qu'ils tendent constamment par leurs discours. Piège évité partiellement par le philosophe. Celui de la provocation et de la volonté d'affrontement direct entre les communautés. Les commentaires sur les réseaux sociaux montrent à quel point cela fonctionne parfaitement.

Quelles seront les suites de cette intervention télévisuelle soi-disant spontanée? Aura-t-on une mise au point des équipes des services de l'information de notre service public?

D.A.