Google+ Article deux

lundi 24 août 2015

L'Hellène et le Bressan

De notre envoyé spécial...

À Frangy, ce dimanche 23 août, sous une pluie qui n'aura pas fait fuir le peuple de gauche venu en nombre à l'invitation d'Arnaud Montebourg (plus de mille couverts auront été servis), eut  lieu la 43eme fête de la Rose.

L'invité d'honneur était cette année, et c'est une première, un étranger : Yanis Varoufakis, l'ancien ministre grec de l'économie, qui a quitté le gouvernement Tzipras suite au dernier plan d'aide imposé par la Troïka.

Un bon poulet de Bresse et une bonne "cuvée de l'Europe " plus tard, les deux ex ministres de l'économie de France et de Grèce ont donc, devant un public attentif et malgré une météo capricieuse, expliqué à la tribune leurs positions en matière de politique européenne.

Montebourg rappelait d'abord que c'est il y a un an exactement, à Frangy même, qu'il scellait son sort en demandant une réorientation de la politique économique française en faveur des ménages,  entraînant dans son sillage deux autres ministres sur la même ligne que lui, Hamon et Filipetti.

Il enchaîna bien vite sur la politique européenne, dénonçant la gestion des principaux dirigeants européens. Des dirigeants sourds aux désirs du peuple grec en refusant de donner crédit au mandat du jeune premier ministre grec Tzipras et à son ministre Varoufakis de négocier avec la Troïka, la BCE, le FMI, l'UE.

Le discours de Montebourg hélas avait un air de déjà entendu, car il y a un an déjà, il rappelait les mêmes évidences qu'aujourd'hui : l'Europe n'a pas su se donner les outils pour sortir de la crise, en ne reprenant pas la gestion de sa banque centrale.

L'ancien ministre rappelait aussi que l'Allemagne n'a pas les mêmes soucis que les autres pays, comme la France en particulier : l'Allemagne vieillit quand la France connaît une natalité dynamique, qui dans quinze ans fera d'elle le pays le plus peuplé de l'UE.

Montebourg priait donc le président Hollande de tenter un sursaut encore possible pour réorienter la politique économique française et européenne en s'appuyant principalement sur l'Italie, la Grèce et peut-être demain l'Espagne, en faveur de la relance, en s'accordant une inflation maîtrisée pour, à l'instar du Japon, de la Grande-Bretagne ou des États Unis, relancer la consommation des ménages.

"Les intérêts particuliers de l'Allemagne ne doivent pas devenir l'intérêt général de l'Europe " lança hier Montebourg avec raison.

L'hôte tenait aussi à rappeler que la solidarité européenne avait par le passé joué en faveur de l'Allemagne, notamment lorsque le président Chirac aida le chancelier Schröder à négocier pour surseoir aux critères de Maastricht suite à la réunification allemande très coûteuse pour son économie.

Il ajouta que l'Histoire nous enseigne que le peuple allemand sait mieux que n'importe quel autre peuple ce qu'est de se faire imposer un diktat de l'étranger et de se voir étrangler économiquement.

Le Bressan semble porter enfin un regard désabusé sur la notion du suffrage universel: voter non en Grèce ou en France comme en 2005 c'est comme voter oui; voter pour la gauche française c'est se retrouver avec le programme de la droite allemande.

Yanis Varoufakis prit ensuite le relais avec un long et captivant discours malgré les aléas de la traduction et... de la météo.

L'ancien ministre grec rejoignait alors l'ancien ministre français et appuyait son discours de propos d'économistes parmi les plus réputés du monde comme Stiglitz, Galbraith, eux aussi effarés de cette persistance en une austérité qui aggrave le tonneau des danaïdes de la dette.

Varoufakis captiva une assistance écoeurée par les révélations des coulisses des négociations menées de sa prise de fonction jusqu'à ce mois de juillet fatidique pour la Grèce, seule, trop seule, face à la Troïka, et surtout face à Schäuble, Juncker et Lagarde.

Dans un style non dénué d'humour et de charisme, il raconta moult anecdotes prouvant le caractère si peu démocratique des rencontres internationales à Bruxelles.

Ainsi, alors que Varoufakis s'étonnait qu'on fasse si peu de cas du mandat du gouvernement de son pays souverain et de son dernier référendum, Schäuble lui répliqua que l'on ne pouvait changer les règles au mépris des traités et que cela ne changeait rien.

Varoufakis déclara alors qu'il serait bon d'en alerter les électeurs européens mais aussi le PC chinois qui serait ainsi conforté dans sa pratique de la démocratie ...

Yanis termina, en bon francophile, par une critique cinglante de nos élites françaises. Il déplore en effet  que depuis Mitterrand / Delors,  les élites politiques aient abandonné le pouvoir en Europe aux élites allemandes et surtout se soient laissées contaminer par leur idéologie, entraînant toute l'Europe à leur suite.

On sentait aussi son  inquiétude poindre qu'au final tout cela ne se retourne contre les citoyens allemands eux-mêmes.

On retiendra pour conclure le fort du message de l'invité d'honneur de Frangy 2015: les eurocrates sont opposés à  la seule évocation d'un plan B quel qu'il soit, de Syriza ou d'autres, de peur de le voir réussir et donc de confirmer l'inanité de leurs dogmes. Comportement pathétique et condamnable... 

S.M.


Une belle assemblée 

vendredi 17 juillet 2015

Résistance par le Silence.

Quand on demande l'avis d'un peuple, que l'on met au vote les orientations politiques, sociales, économiques de son pays ou de l'entité supranationale à laquelle il appartient, qu'il subit une propagande tenace et un bourrage de crâne permanent et que malgré tout il s'oppose clairement aux dogmes que l'on veut lui faire accepter,... on nie purement et simplement son choix, l'expression de son opinion.
On se rend compte au niveau européen que ce déni de démocratie est la règle: France, Pays-Bas, Irlande, Grèce...
Ensuite, on fait semblant de s'étonner des niveaux d'abstention records des scrutins, de la montée des partis extrémistes... tout en culpabilisant le citoyen de son irresponsabilité.
Si le respect du suffrage est bafoué, que reste-t-il aux citoyens pour faire entendre leurs voix, leurs mécontentements, leurs avertissements?
Le peuple est muet en effet. Sage? Assagi par l'habitude de la pratique du régime démocratique? Assurément, il est las d'être trahi, trompé. Il ne réagit même plus ou si peu à ces graves manquements. La devise de nos dirigeants, de nos députés devient : «qui ne dit mot consent».
Nos dirigeants agissent comme s'ils testaient les limites des citoyens. Force est de constater qu'elles sont immenses mais certainement pas infinies. Jusqu'à quand vont-elles tenir? Les conditions d'existence, ou plutôt de survie, devraient être un peu plus prises en compte par nos élus...On ne sait jamais...
La démocratie n'est plus qu'une illusion, en admettant qu'elle ait existé réellement un jour...
On fait semblant de respecter des règles qui n'ont jamais été écrites que pour calmer des aspirations populaires au bien être, donner de l'espérance, affronter un quotidien toujours difficile... mais finalement surtout pour toujours satisfaire les intérêts d'une seule et même classe. Si les bons principes et les bons sentiments animant le système démocratique ont été sincères à un moment, il est clair qu'ils ont été détournés au profit de quelques-uns...
L'Ancien Régime est-il si loin?
Quand le jeu est faussé, quand le mensonge, la trahison, le mépris des règles sont récurrents, restez-vous dans la partie?
Et si l'on prônait la désobéissance citoyenne...?
Si l'on refusait de participer à cette mascarade tant que nos véritables principes républicains ne sont pas correctement appliqués? Certains sont déjà dans cette action depuis longtemps. Qualifiés d'adeptes de la pèche, peut-être sont-ils finalement beaucoup plus politisés que nos médias et experts-analystes-politiques veulent bien nous le faire croire.
Si l'on passait de l'implicite à l'explicite?
Un seul mot d'ordre: «retour aux sources». Un seul slogan: «non».
Une abstention revendiquée, proclamée, assumée. Une abstention symbole de résistance, symbole de la reconnaissance du peuple, de sa souveraineté.  La prise de conscience d'une unité permettant la décrédibilisation définitive des institutions malmenées par les sempiternels professionnels de l'élection.
Ne leur permettons plus de se servir de l'abstention comme d'un moyen d'asseoir leur pouvoir. L'abstention est une arme qui peut se retourner contre eux.
Sinon quelle alternative?
Une Ump ou LR engluée dans les affaires et les batailles d'ego et qui a déjà montré son incompétence...?
Un PS aux composantes idéologiques internes antinomiques et une soumission aux principes défendus par ses opposants...?
Un FN parti familial anti démocratique, il y a peu ultra libéral économiquement et aujourd'hui faussement étatique à des fins électoralistes...?
Un Front de Gauche dont le fer de lance justifie des régimes dictatoriaux à l'étranger et dont l'équivalent en Grèce vient de trahir lui aussi l'expression populaire...?
Une extrême gauche qui n'aspire absolument pas à gouverner et qui se compromet sur le principe de laïcité...?
Un centre traditionnellement, idéologiquement, historiquement soumis à la droite...?
Des partis écologistes reniant leurs idéaux pour des places...?
Que nous reste-t-il? Imposons une autre voie, d'autres voies, par le biais, dans un premier temps, du silence...  Ils nous méprisent. Méprisons-les.
Que vaudra un mandat obtenu avec 80% d'abstention? ou plus? Quelle légitimité pourrait bien avoir une assemblée avec un tel niveau du refus volontaire du scrutin?
Vous savez bien que certains députés érigent en courage le fait de s'abstenir de voter dans l'hémicycle. Vous savez bien que certains députés n'honorent même pas la représentation nationale de leur présence...
Le pouvoir nous appartient... paraît-il... Faisons leur comprendre...
"Résistance et obéissance, voilà les deux vertus du citoyen" disait Alain. D'abord la Résistance. Ensuite l'obéissance.
Résistance ne rime pas forcément avec violence.
Au prochain déni, elle y passe...